Maurice Mathis 1951 – Vie et Mœurs des Abeilles – Préface

Préface de Jean Rostand pour le livre du Dr Mathis concernant diverses caractéristiques des abeilles.


 


BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE

 

Dr MAURICE MATHIS
de l’Institut Pasteur de Tunis

 

VIE ET MŒURS
DES ABEILLES

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PRÉFACE DE JEAN ROSTAND

 

Avec 6 figures et 16 photographies hors texte

Sigle Edition Payot

PAYOT, PARIS
106, BOULEVARD SAINT-GERMAIN

 

1951
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation
réservés pour tous pays.  Copyright 1951, by Payot, Paris.

 

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Préface

de Jean ROSTAND

Encore un livre sur les Abeilles !  N’a-t-on pas tout dit sur ces insectes, sur leur fascinante biologie, sur leurs mœurs sociales, sur leur industrie, sur leur langage, sur la vie frémissante et dorée de la ruche ?  Depuis Réaumur jusqu’à Von Frisch — en passant par Maurice Maeterlinck, plus exact, qu’on ne croit d’ordinaire en dépit de ses mots de poète -, les innombrables historiens de l’Abeille n’ont-ils pas, à la longue, épuisé ce merveilleux sujet dont la portée va de l’économique au spirituel, puisqu’il intéresse à la fois les praticiens désireux d’amplifier le rendement de leurs récoltes et les théoriciens de l’âme animale qui voient en ce petit hyménoptère l’un des sommets du psychisme instinctif ?

Ce serait méconnaître les prodigieuses ressources de la chose vitale que d’imaginer qu’on pût en avoir fini avec un seul insecte.  La biologie tout entière — disait Le Dantec tient dans un puceron, et, comme tout être vivant, comme toute production de la nature, l’Abeille réserve encore bien des surprises à ceux qui croient la bien connaître.  Pour sa part, le nouvel ouvrage du Docteur Maurice Mathis — Vie et Mœurs des Abeilles — abonde en précieuses nouveautés.  Il ne risque point de faire double emploi avec aucun autre volume du même genre, car il s’agit non pas d’une compilation plus ou moins adroite mais d’une œuvre foncièrement originale, qui, se bornant à l’indispensable pour le rappel des notions établies, donne la plus large place aux faits inédits et aux aperçus personnels.

Le Docteur Mathis — qui est présentement chef de laboratoire à l’Institut Pasteur de Tunis — a le privilège d’une double culture, médicale et biologique.  Attiré dès le jeune âge par les sciences naturelles, il les a constamment pratiquées avec passion, dirigeant son étude sur les animaux les plus divers, soit qu’il eût en vue la solution d’un problème d’épidémiologie, soit qu’il cédât aux sollicitations de la curiosité toute pure.  Successivement, il s’est intéressé aux poux, aux punaises, aux réduvides hématophages, aux mouches ordinaires, aux moustiques, aux poissons de mer, aux faucons, aux souris, aux rats, et même aux grands singes, qu’il a chassés et étudiés sur place au cours d’une mission au Cameroun en compagnie du Professeur Urbain.

Cette variété dans les sujets d’études, cette ampleur de préoccupations ne l’a pas empêché de pousser fort loin certains travaux de patience et de minutie : ainsi a-t-il pu mener à bien l’élevage en série de cent générations de moustiques, ce qui lui a permis d’observer dix mille de ces diptères sans d’ailleurs constater dans l’espèce la moindre variation héréditaire ou mutation.

A l’étude du « peuple des Abeilles », Maurice Mathis a consacré une dizaine d’années de son existence ; et c’est le fruit bien mûri de sa longue expérience qu’il nous livre aujourd’hui en ces pages que j’ai l’honneur de présenter au public.

Les chapitres les plus importants de l’ouvrage me paraissent être ceux qui ont trait à la nutrition des abeilles et de la ruche considérée comme une sorte d’organisme collectif.  C’est en physiologiste que Mathis a tâché de dégager et de formuler les « lois biologiques de l’apiculture » : ses idées sur le « couvain, estomac de la ruche », sur le rôle des faux-bourdons — qu’il s’emploie à réhabiliter — dans la thermogenèse de la colonie, sont neuves et fort suggestives; elles ont d’ailleurs fait l’objet de notes spéciales, présentées à l’Académie des Sciences par le Professeur Caullery.  A côté d’expériences ingénieuses — notamment, sur l’orphelinage réduit, sur l’isolement des reines —, on trouvera, dans le livre du Docteur Mathis, des observations remarquables de finesse et de précision, comme celles qui forment le charmant « Journal d’une Colonie d’Abeilles au Vivarium », et aussi une description, prise sur le vif, du vol nuptial, phénomène dont tout le monde parle et auquel si peu d’apiculteurs ont eu la chance d’assister.

De son enquête de naturaliste, le Docteur Mathis s’efforce de tirer des règles pratiques touchant l’aménagement, l’entretien et l’exploitation du rucher, la prophylaxie des maladies des abeilles.  Certaines de ses conclusions vont à l’encontre des traditions et des routines ; sans doute seront-elles plus ou moins discutées par les spécialistes de l’apiculture, et, sur ce point, je n’aurais garde de prendre parti, faute de compétence.  Mais ce qu’il est bien permis d’affirmer, c’est que toutes les opinions du Docteur Mathis sont solidement, logiquement raisonnées, et fondées sur l’interprétation d’un savoir peu commun.

Vie et Mœurs des Abeilles est une œuvre sincère, honnête, loyale, qui s’est élevée jour après jour, au contact incessant de la bête vivante.  Tout ce que rapporte Mathis, il l’a vu ; tout ce qu’il affirme, il croit avoir sujet de le penser, et n’est-ce pas là tout ce qu’on peut demander à un homme de science ?  De surcroît, ce naturaliste fervent, cet amoureux de l’insecte, est un homme chaleureux, enthousiaste, désireux de communiquer les leçons de son expérience et de faire partager ses convictions.  Il aime son sujet, il le vit, il y croit.  Tout cela fait un livre attachant, pittoresque, éloquent, sympathique, — comme son auteur.

Jean ROSTAND
1951

 

 

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