AKS.01 — Le Frère Adam et l’abeille Buckfast — 1987

Le Frère Adam et son œuvre d’apiculture, racontée par A.K. Stigen en Norvège

Le Frère Adam et
l’abeille Buckfast

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par
  Ansgar Kristian
Stigen
,
(1916 – ….)
© foto Estelle, 2012
Photo de A.K. Stigen en 2012(96)
Novembre 1987
4307 — Sandnes,
Norvège
avec sa permission
 
Adaptation en français :
Jean-Marie Van Dyck
5190 – Jemeppe-sur-Sambre
Belgique
Publié dans …
Buckfast Avler Gruppen,
Mise à jour: août 2000, Article 01

Après une période d’élevage de 80 ans, le Frère Adam présente une nouvelle abeille : l’abeille Buckfast.

Le Frère Adam est né le 3 Août 1898 à Mittelbiberach, en Allemagne, sous le nom de Karl Kehrle.  Agé de 11 ans, il est accueilli à l’Abbaye de Buckfast (Devon, Angleterre), pour y consacrer sa vie en tant que moine bénédictin.  En 1915, il a commencé son travail dans le rucher du monastère, sous la direction du Frère Colomban.  En 1919, il est promu à la direction de ce rucher.

L’abeille Buckfast

Quand nous considérons les abeilles Buckfast et la population des colonies Buckfast avec lesquelles nous travaillons et que Frère Adam a soigneusement sélectionnées, nous avons tendance à imaginer que cette population a été obtenue simplement.  Il aurait créé les abeilles Buckfast par le croisement des reines de la Ligurie (Italie du Nord-Est) avec des mâles de l’abeille noire indigène de l’Angleterre, « abra­cada­bra » !

Ce serait trop simple.  Il a fallu de nombreuses années avant que cette population croisée devienne raisonnablement stable, et que l’on puisse l’appeler une race, une tribu, une lignée ou une population stables.  Ce n’est qu’en 1925 que la station de fécondation du Dartmoor a été créée, et, au début, Le Frère Adam ne pouvait pas compter sur des accouplements contrôlés.  Il a dit lui-même qu’avant 1930, existaient encore souvent des colonies Buckfast peu ou à peine différentes de celles des abeilles croisées ordinaires.  En particulier, elles étaient encore parfois agressives, essaimaient facilement et étaient instables.  Mais, à l’époque, l’important pour lui était qu’elles soient toutes résistantes aux acariens des trachées (acariose) et bonnes productrices de miel.  Ce ne fût que dans les années cinquante — 30 ans plus tard — et après que le Frère Adam ait effectué ses premiers voyages et élevé avec l’ensemble du matériel récolté, que les abeilles Buckfast sont devenues une population stable telle que nous les connaissons aujourd’hui.

Le Frère Adam était très bon conteur et auteur. Dans ses livres, dans de nombreux articles de revues et lors de conversations privées, il a souvent raconté en détail comment, étape par étape, il a développé ses abeilles.

Maladie de l’Île de Wight — l’acariose

Le Frère Adam était devenu responsable du rucher du monastère à un moment vraiment critique.  En effet, en 1905, on avait découvert sur une île voisine, une nouvelle affection mortelle des abeilles, qui a été appelée la maladie de l’« Isle of Wight ».  Plus tard, on a constaté qu’elle était due à un acarien minuscule, Acarapis woody [Rennie, 1921], que nous appelons acarien des trachées.  La maladie s’est propagée comme une traînée de poudre dans les îles britanniques, et a détruit environ 98% du cheptel d’abeilles noires indigènes en Angleterre.

La maladie est arrivée au Devon en 1912, mais le rucher du monastère ne l’exprima pas avant 1915.  Le Frère Adam a écrit que toutes les ruches du monastère ont hiverné correctement jusque-là, mais qu’au-delà de l’été 1915 il a commencé à voir les signes évidents de la maladie : des abeilles rampaient devant les ruches, elles avaient perdu la possibilité de voler.

Le Frère Adam raconte que l’été 1915 fut normal et que les colonies purent faire de bonnes récoltes.  Autant la miellée d’été que la transhumance sur la bruyère avaient donné satisfaction si bien qu’il en était satisfait.  Cependant, une augmentation des symptômes de la maladie apparut plus tard, en septembre et octobre.  Après enquête, l’inspecteur apicole, R.W. Furse, déclara qu’il n’y aurait guère de ruches survivantes au printemps suivant.  A l’automne 1915 il y avait 46 colonies à l’hivernage.  Au printemps 1916, trente colonies étaient mortes.  Les seize survivantes étaient issues de reines pures italiennes ou italiennes croisées sous une forme ou une autre.

La base de l’abeille Buckfast

Avant la présence du Frère Adam au rucher, l’apiculture au monastère était basée exclusivement sur la production de miel.  Une grande partie des miels était utilisée pour produire de l’hydromel.  Pour tirer un meilleur parti de chaque colonie, on avait acheté quelques reines italiennes.  Les filles élevées à partir de ces reines importées, avaient été appariées au hasard avec des mâles de cette population mélangée.  De cette façon, les colonies obtenues subissaient l’effet hétérosis et l’exubérance des métisses, ce qui a donné un meilleur rendement en miel que celui des abeilles noires pures.  Au tournant du siècle, il y avait donc dans le rucher du monastère des reines noires britanniques, des carnica (krainer) et des reines italiennes.  Les abeilles italiennes de l’époque étaient des abeille foncées avec bande vieux cuir, originaires du nord de l’Italie (abeilles de Ligurie), Apis mellifera ligurica.

Le Frère Adam se rappelle que le début du printemps de 1916 fut particu­liè­rement agréable avec de bonnes conditions pour les colonies, mais à partir de la mi-mai et jusqu’à la fin juin, le temps était devenu désespérément mauvais pour l’apiculture.  Toutefois — en raison du développement dû au beau printemps — les colonies montraient une bonne croissance, de sorte que grâce à de nouvelles reines importées d’Italie, il a pu hiverner le même nombre de colonies qu’à l’automne précédent.  À partir du début de juillet, le temps s’est amélioré, de sorte qu’il fut très satisfait à la fois de la reproduction des reines et de la récolte de miel de bruyère.

Toutes les colonies ont hiverné correctement et le printemps et l’été de 1917 permirent un bon développement des colonies, de sorte que l’on put hiverner 100 colonies en automne.  Il était prévu que ces colonies seraient utilisées pour la production de miel.  Mais en raison de la forte demande due au manque de colonies à travers le pays, elles ont servi à satisfaire cette demande en les vendant le mieux possible.  Tant en 1918 qu’en 1919 l’abbaye a produit et fourni des centaines de colonies dans tout l’archipel.

Origine de l’abeille Buckfast

Le Frère Adam dit encore : « Jusqu’en 1920, nous avons été dépendants de reines à la fois de Slovaquie (carnica) et d’Italie (ligurica).  En 1920, nous nous sommes procuré aussi des reines de Chypre (cypria).  En 1919, il y avait cependant eu une nouveauté : « Une reine italienne que nous avions élevée nous-même, et qui avait été appariée au hasard avec des mâles descendants des abeilles indigènes noires a réellement montré des propriétés d’excellence ».  Il continue : « Même si, à ce moment-là, n’existaient plus de mâles indigènes noirs purs, ce croisement montrait clairement des caractéristiques mesurables, à la fois de l’italienne et des vieilles abeilles anglaises.  Ces propriétés représentaient le meilleur de ces deux races. »

Cette reine qui était un premier croisement, une F1 donc, a reçu la désignation B-1, et elle est devenue le fondement de la population d’abeilles de Buckfast que nous avons aujourd’hui.  Les caractéristiques de cette reine étaient si bonnes par rapport aux pures reines ligures, qu’il espérait que, si la progéniture avait la même résistance à l’acariose, elle serait digne d’être posée sur cette reine.

Le travail de création commence

A ce stade de développement le Frère Adam connaissait très peu de choses sur l’élevage des abeilles.  En 1912, F.W.L. Sladen avait publié dans le « British Bee Journal », ses expériences basées sur l’application des lois de Mendel aux croisements des abeilles mellifères, mais l’information la plus cruciale vint du professeur allemand Ludwig Armbruster et son livre « Bienen­züchtungs­kunde » qui fut comme un manuel pour le Frère Adam.  Le livre met en lumière les aspects théoriques de l’utilisation des lois de Mendel dans le cadre du traitement des abeilles mellifères.  Le Frère Adam a pu par hasard obtenir une copie de ce livre, en 1920, l’année même de sa publication.  Ce livre lui fut inestimable pour son élevage pendant les années qui ont suivi.

Tout ce qu’il fit en 1920, c’est une première tentative de croisement entre une F1 et une chypriote A.m. cypria.

Le Frère Adam savait maintenant que cette reine (B-1), avait des qualités exceptionnellement bonnes qu’il a voulu conserver et essayer de transférer aux générations futures.  1920 avait été une mauvaise année pour l’élevage des reines, par contre, 1921 fut une très bonne année.  Il put élever une grande série de reines F2 filles de B-1, qu’il a accouplées à la population mélangée des mâles présents.  À cette époque, il n’avait pas encore de station de fécondation isolée.  Il mit de grands espoirs en ces reines.

En 1922, il a choisi deux reines, B-2 et B-3, les meilleures de la série de F2, qu’il avait élevé la saison précédente (1921).  Ces deux reines furent les reproductrices de cette année.  Et elles donnèrent une descendance possédant d’excellentes performances.  Toutes étaient résistantes à l’acariose.

A cette époque, on connaissait peu de choses au sujet de la relation génétique entre la résistance et la sensibilité des abeilles.  Il s’est avéré que, les deux sœurs qui avaient servi à l’élevage en 1922 étaient elles-même résistantes à l’acariose, mais la progéniture de l’une était résistante, tandis que la progéniture de l’autre était sensible à l’acariose.  Pour déterminer dans quelle mesure le patrimoine « mâle » du site jouait à cet égard, il éleva 40 reines de chacune des B-2 et B-3.  La moitié de chaque série sœur a été accouplée avec des mâles liguriens (italiens), tandis que l’autre moitié a été accouplée avec des mâles F2 ou des mâles produits par les autres sœurs.

Au printemps suivant, la plupart des colonies issues de reines de la mère sensible étaient mortes, quelles que soient les mâles avec lesquels elles avaient été accouplées.  Les colonies issues de reines de la mère résistante passèrent l’hiver parfaitement, sans signe d’acariose.  Cette expérience a montré que le côté mâle (paternel) n’a pas d’influence immédiate sur la sensibilité ou la résistance à l’acariose.  Le Frère Adam a confirmé cette conclusion à plusieurs reprises par la suite.

Au cours des années suivantes, le Frère Adam a établi une consanguinité sévère qui a permis brassage, recombinaisons et sélection.  Ici, il est intéressant de noter que, en 1923 et 24 le Frère Adam est le premier au monde à appliquer les accouplements chez l’abeille aux lois de Mendel.  En 1925, la station de fécondation sur le Dartmoor fut créée, et depuis, elle a été utilisée sans discontinuer jusqu’en 2000.  Le fait que, de cette façon, il prenait le contrôle du patrimoine mâle, a été d’une aide inestimable dans le programme d’élevage en cours à Buckfast.

Au cours de ces vingt années le Frère Adam a accumulé efficacement des données concernant plusieurs faits de l’apiculture et de l’élevage à Buckfast.  Entre autres choses, il constata que lorsque les ruches étaient placées dans de longues rangées, les observations étaient significativement faussées par la dérive des abeilles.  Il a donc organisé les ruches par groupes de quatre, avec les entrées dans quatre directions différentes.  Il pensait aussi que les reines avec grande capacité de ponte ne pouvaient exprimer leurs possibilités dans les ruches équipées du petit cadre britannique standard, et à partir de l’été 1924, il a commencé la modification des cadres britanniques pour les ruches Dadant avec 12 grands cadres dans le corps de couvain et des demi-cadres dans les hausses à miel.

Comme déjà mentionné, la station d’accouplement de Dartmoor fut créée en 1925.  Là, il pouvait faire féconder, chaque saison, 520 reines dans des ruchettes, assemblées par quatre et équipées de quatre demi-cadres (sur la hauteur) Dadant.  Ruchettes peuplées de mini colonies formées une fois pour toutes, où les reines hivernent très bien dans ces mini ruches.  De cette façon, les reines sont testées — à la fois en hivernage et sur leurs qualités — avant qu’elles ne soient introduites dans les 320 colonies de production au printemps de l’année suivante.

Amélioration des abeilles Buckfast

Dans les années qui ont suivi, le Frère Adam travailla beaucoup à reproduire une abeille qui, d’abord résistante à l’acariose, était aussi paisible, facile à entretenir, avec production de miel abondante, un essaimage modéré et un bon comportement hivernal.  Le principal objectif de sélection du Frère Adam a toujours été d’élever une abeille qui donne le plus d’avantages avec un minimum de travail.

En 1924, le Frère Adam a importé en Angleterre deux reines, d’origine italienne, en provenance des États-Unis.  Ces reines avait une excellente réputation, et était sans aucun doute le meilleur de ce que l’on pouvait trouver, à l’époque, aux États-Unis.  Elles avaient une couleur dorée claire et étaient très productives.  Il a mis de grands espoirs dans ces reines, et en 1925, il a en produit un bon nombre de filles.  Les reines américaines ont bien évolué au-delà de l’été, et il était si content d’elles, qu’il en commanda plusieurs autres.  Parmi ces reines il avait choisi deux sœurs qui auraient dû former la base d’un groupe de nouvelles reproductrices.  Toutefois, une des deux colonies montra des signes d’acariose à l’automne.  Elle était morte au printemps suivant, l’autre succomba pendant l’été 1926.  Les filles qu’il avait élevées de ces deux reines sœurs, avaient les mêmes propriétés excellentes en tant que mères, mais étaient également tout aussi sensibles à l’acariose.  Ces importations furent une grande déception et il rejeta la lignée.

Pour le Frère Adam, la résistance à l’acariose a toujours été la caractéristique principale de son élevage.  Cela ne veut pas dire que les abeilles Buckfast devraient être à l’abri des acariens, mais que la maladie ne serait pas en mesure d’évoluer de manière à empêcher le développement de la colonie et de réduire la production de miel. — Nous savons que l’abeille Buckfast peut avoir l’acariose.  En 1982, le Buckfast Club a importé en Norvège deux reines de Buckfast.  L’une avait l’acariose et l’autre non.

Après sa déception concernant les reines américaines, le Frçre Adam fut certain que la plus grande résistance à l’acariose se trouvait dans l’abeille ligurienne/italienne.  Cependant cette race était dépourvue des qualités que possédaient les anciennes abeilles anglaises — qui provenaient d’une souche de l’Europe de l’Ouest, les abeilles noires Apis mellifera mellifera.

Le Frère Adam mentionne les propriétés qui sont typiques des anciennes abeilles anglaises : une grande puissance de vol (elles vont très loin pour trouver du nectar et du pollen), très frugales, robustes, hivernant bien et utilisant peu de réserves en hiver et au printemps.  Le Frère Adam a également dit qu’elles étaient lentes à essaimer.  Certaines de ces qualités, il les a retrouvées dans l’abeille Buckfast, mais il espérait trouver des populations cachées des anciennes abeilles anglaises, afin qu’il puisse transférer une partie de ces bonnes propriétés à l’abeille Buckfast.  Le Frère Adam a donc cherché à la fois sur les îles à l’ouest de l’Ecosse et sur la côte ouest de l’Irlande pour tenter de retrouver, dans ces endroits isolés, des restes de ces abeilles. — Sur la côte ouest de l’Irlande, il trouva une colonie dont les abeilles semblaient avoir les propriétés des vieilles abeilles anglaises.  Ces abeilles étaient cependant très sensibles à l’acariose et elles sont mortes avant qu’il ait pu commencer l’élevage.

Les abeilles françaises

Les abeilles françaises sont une autre souche de la race d’Europe occidentale.  Elle sont célèbres pour leurs nombreuses qualités : bonnes récolteuses de miel, très laborieuses et économes, mais comme toutes les autres souches d’Europe occidentale elles sont agressives, sensibles aux mycoses et essaiment facilement.  En 1929, le Frère Adam fit venir à Buckfast une reine française variété « Gale », et il l’a mise en élevage en 1930.  Les filles de cette reine ont été accouplées avec des mâles Buckfast.  De ce croisement, 83% étaient sensibles aux acariens et ont été éliminées.  Les 17% restants étaient partiellement résistantes.  Ce dernier groupe, très efficace, avait beaucoup qualités.  De ce groupe ont été sélectionnées deux reines qui ont formé la base d’un groupe de descendantes qu’il a élevées jusqu’en 1937, puis il a élevé des abeilles Buckfast de nouvelles combinaisons avec de nouvelles propriétés intéressantes que l’ancienne population Buckfast n’avait pas.  Ces nouvelles combinaisons ont été commercialisées à partir de 1940.

Parallèlement à ce groupe français sélectionné, le Frère Adam a travaillé avec une autre combinaison français-Buckfast.  Ce croisement avait un grand nombre de caractéristiques d’excellence et était tout à fait inhabituel pour un croisement français.  Les reines avaient une couleur dorée qu’il n’avait jamais vue auparavant, les abeilles étaient exceptionnellement douces, fertiles et très frugales.  Elles n’essaimaient pas et utilisaient peu de propolis.  Dans la production de miel, elles étaient à égalité avec les autres lignées qu’il connaissait.  Mais, malheureusement, elles étaient très sensibles aux acariens et ont dû être écartées, bien que ces reines auraient été un bel article de vente pour le monastère.

Croisements des années 50 et 60

Il a fallu attendre 1950 pour que les abeilles Buckfast aient les propriétés qui sont si célèbre aujourd’hui avec une grande stabilité et un tempérament calme.  Ce n’est que lorsque le Frère Adam eut étudié l’environnement dans lequel les différentes races avaient évolué, et qu’il ait fait venir le matériel génétique lui-même, que le progrès est venu.  Dans les années 40, il avait été en collaboration avec le Dr O. Mac­ken­sen, aux États-Unis, à propos de l’insémination instrumentale des reines, et à partir de ce moment, il n’était plus tellement dépendant de sa station pour essayer différentes combinaisons de reines sélectionnées.

Les voyages du Frère Adam

Il fit son premier voyage d’étude en 1950.  Il a visité la France, la Suisse, l’Autriche, l’Italie, la Sicile et l’Allemagne.  En 1952, il entreprit un autre voyage qui comprenait l’Algérie, Israël, la Jordanie, la Syrie, la Libye et certaines îles de la Méditerranée.  Lors de ce voyage, il a également visité les Alpes Ligures dans le nord de l’Italie.  Entre 1952 et 1959, il fit encore plusieurs voyages de courte durée en Turquie, en Crète, aux îles au large de l’Algérie, en ex-Yougoslavie et au Monténégro.  En 1962, il fit plusieurs voyages avec des séjours courts et longs.  Entre autres choses, le Maroc, la Turquie et la Grèce en 1962, la Turquie en 1972.  En 1976, il a visité le Maroc et le Sahara, et en 1977, la Grèce.

Durant tous ces voyages le Frère Adam choisissait des reines, qu’il envoyait à l’abbaye de Buckfast.  Ces reines n’étaient généralement pas immédiatement croisées avec la population Buckfast, mais elles étaient gardées en observation et leur valeur évaluée en tant que race pure d’abord, puis croisée avec la Buckfast — pas l’inverse. Il y observait les éventuelles nouvelles fonctionnalités très utiles qu’elles pourraient apporter aux abeilles Buckfast.  Quand il trouvait une reine avec des caractéristiques qui permettraient d’améliorer ses abeilles, il utilisait ces reines comme mère dans une combinaison avec l’abeille Buckfast et aussi ensuite seulement, en tant que colonie-père.  En général, il se passait sept ans avant que ces croisements puissent passer dans la population mâle et à chaque fois il sélectionnait celles de ses abeilles qui avaient acquis ces précieuses nouvelles fonctionnalités.

Le Frère Adam a fait des dizaines, voire des centaines, de combinaisons d’accouplement des abeilles Buckfast avec les autres races, mais seulement celles qui ont répondu à un besoin, qui ont donné des descendantes valables sont entrées dans le tronc principal qui se dégage des pedigrees et des notes que nous possédons.

La race grecque et l’anatolienne

Les abeilles grecques (A.m. cecropia) ont de nombreuses qualités.  C’est la race qui a donné la bonne humeur, la lenteur à essaimer et la stabilité des abeilles Buckfast.  Les anatoliennes (A.m. anatolica), sont cependant la race qui a donné le plus de qualités à l’abeille Buckfast.  La première reine grecque a été acquise à Buckfast en 1952, mais ce n’est qu’en 1959, qu’une reine grecque, G-283, est utilisée en ligne paternelle dans des combinaisons avec la vieille Buckfast.  Ce croisement a été confirmé du côté paternel en 1963, puis a eu le nom: G-311, G car elle n’a pas encore le statut de Buckfast, certaines conditions ne sont pas remplies.

G-311 = .63 – G-428 shr B-436: G-428 est pure grecque importée en 1962.
shr signifie que la fécondation a eu lieu sur la nouvelle station de fécondation « Sherburton ».

La B-436 avait reçu 50% de G-283 en 1959 ; G-311 dispose donc de 50% de G-428 et d’environ 25% de G-283 et le patrimoine est par conséquent d’environ 75% de pure grecque.  Une autre combinaison grecque a été utilisée comme lignée de mâles G-425 en 1968.  Elle a ce pedigree:

G-425 = .64 – G-311 shr B-398: .63 – G-428 shr B-436: pure grecque.

Notons que la B-398 a 50% de pure anatolienne en héritage, par les mâles, de la reine A-442.  Cette reine avait été importée à Buckfast en 1954.

G-425 a été utilisée comme lignée de mâles en 1968 dans une combinaison qui a reçu la désignation A-163.  Cette reine fut la meilleure reproductrice que le Frère Adam ait jamais eue.  Elle dispose de 25% d’héritage anatolien, 25% d’héritage grec et 50% du patrimoine Buckfast ancien.  La A-163 a produit une variété de combinaisons excellentes, en tant que mère et par ses filles, en particulier la A-200, A-600, B-233 et B-335.  Notons que B-233 et B-335 ont le statut de Buckfast tandis que les deux autres n’ont encore que le statut d’anatolienne.

Ici, il convient de remarquer que deux reines, les B-366 et B-424, ont en fait jeté les bases de la reproduction Buckfast en Suède et dans une grande mesure aussi chez nous (Norvège).  Ces deux reines ont comme mères deux sœurs, à savoir la A-200 et la A-420, mais le même père, B-233 — sur Sherberton en 1973.  Malgré cela, elles étaient tout à fait différentes, le B-366 était jaune, tandis que le B-424 était beaucoup plus sombre.  Tous les reines que nous avons eues, ici en Norvège, dans les années 80 et au début des années 90, en provenance de Suède avaient hérité de ces deux reines.

B-366 = .73 – A-200 shr B-233: .70 – A-163 shr B-421:
          .68 – A-149 shr G-425: .65 – A-133 shr B255:
          .63 – A-416 shr B-436: etc.

B-424 = .73 – A-420 shr B-233: .71 – A-163 shr B-364:
          .68 – A-149 shr G-425: etc.

Notons encore que la B-233 [colonie-père en 1973] est aussi une sœur de A-200 [et A-420].  Les deux reines B-366 et B-424 dont la souche, A-416, provenant d’Anatolie venaient de Sinop, au nord de la Turquie en 1962.  Les reines d’Anatolie ont donné aux abeilles Buckfast, la lenteur à essaimer, la frugalité, une longue durée de vie, une bonne orientation, une bonne rusticité, de bonnes qualités d’accumulation, etc. etc.

Croisements de reines avec le patrimoine égyptien et sahariensis

Au début des années septante (1972), le Frère Adam importa encore des reines en provenance de Turquie, bien sûr, la A-25, et une reine de Sinop, obtenue du Dr Fuad Balci (techn. conseiller au Ministère de l’Agriculture à Ankara), la A-3.  L’héritage de ces deux reines est arrivé dans la population Buckfast en Suède et nous avons reçu de ce matériel aussi.  Il faut y ajouter l’héritage d’une reine égyptienne (A.m. lamarkii), F1, ramenée à l’abbaye en 1966, et qui a été introduite dans la population, y compris la B-427.  Cette reine se trouve dans nos pedigrees.

En 1981, Frère Adam ramène de la Grèce une nouvelle reine de la presqu’île Athos, la pure athos T-2.  Il y a un héritage de cette reine dans nos H8611 et H8744, que nous avons eues de la Suède en 1987 et 1988.  L’héritage de ces deux reines donnent des colonies avec un rendement nettement supérieur à plusieurs reines notables de notre Buckfast-Club.

Des filles de T-2 ont été accouplées avec des mâles d’une lignée bien fixée appelée B-265.  Cette lignée a 25% d’héritage égyptien du côté de sa mère.  Mère de H8611 et H8551 en Suède, elle dispose également d’héritage égyptien du côté de son père.

En 1987, une lignée PS8506 utilisée comme lignée de mâles sur la station de Frafjord (frfj), bénéficie d’un peu de l’héritage saharien (A.m. sahariensis).  Cette lignée (S-404, de Goulmina) a été amenée à Buckfast en 1962.

Bien que les races égyptienne et saharienne ont peu de valeur économique, elles ont contribué plusieurs fois à la population mâle et ont doté la Buckfast de nouvelles fonctionnalités précieuses.

Conclusion

La population d’abeilles avec lesquelles le Buckfast Club travaille et que nous appelons les abeilles Buckfast, a accumulé les gènes — comme nous l’avons vu — d’une grande variété de races et de lignées.  Les colonies ou les lignées varient en fonction de la quantité de l’héritage qu’elles ont reçu des races croisées.  Toutefois, nous notons que le principal héritage est dû à l’héritage de l’abeille Buckfast, qui est la race italienne/ligurienne croisées avec les mâles des anciennes abeilles noires anglaises.  Lors de ces croisements, les propriétés fondamentales sont maintenues inchangées malgré les introductions des autres races.  Les nouvelles caractéristiques de la race qu’il était possible de transférer à la population Buckfast, sont autant de facteurs qui ont contribué à améliorer les abeilles Buckfast.

Le développement des abeilles Buckfast continuera à la fois à Buckfast et ici, chez nous, en Norvège, mais nous devons toujours veiller à avoir une population dont les caractéristiques de base restent inchangées.

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